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  • Photo du rédacteurOdile Giraud

L'âne et la hiérarchie

Dernière mise à jour : 11 mars 2022

"Ce ne sont pas à proprement parler les rêves qui nous racontent des histoires, mais bel et bien notre cerveau qui, au réveil, produit une histoire et lui attribue aussitôt un sens". Nancy Huston.


Je suis manager dans une administration, un simple manager intermédiaire.

Comme beaucoup de mes collègues en ce moment, je dors mal. J'ai des insomnies. Je reste éveillé et je réfléchis à mon travail, à mes pairs.

Je suis un homme fatigué, désenchanté me dit mon coach.

Hier j'ai fait un rêve bizarre. Un rêve bizarre alors que je ne rêve jamais, il me faut donc le raconter.


J'étais dans la peau d'un âne. Mon maître m'avait laissé à l'étable pour y passer la nuit.

Je vous arrête tout de suite cela n'a rien à voir avec Noël. N'allez pas imaginer que je me prends pour un sauveur. Quoique...

Ce matin-là, il y avait beaucoup de brouillard et une fine pluie tombait encore quand nous sommes partis.

L'humidité réveille mes rhumatismes mais je fais bonne figure et je me prépare à partir plein d'entrain. Mon maître commence par me faire tout un speech sur la stratégie que nous allons adopter pour aller du point A au point B. Il adore cela mon maitre. C'est son dada en quelque sorte ! Veuillez pardonner mon humour équin. Nous cheminons depuis une heure et il développe maintenant sa vision du leadership quand nous croisons un attelage qui revient du village où nous allons. Je vois bien que j’ai le temps de déguster les chardons du chemin vu la réunion au sommet qui semble se préparer. Mon maître n'est pas peu fier d'annoncer aux voyageurs qu’au rythme où nous allons nous ferons notre meilleur score mensuel. C’est là son deuxième dada : se challenger. S'en suit un échange où mes oreilles se dressent quand j'entends : "ça glisse sur l'éboulis, méfiez-vous ! " Connaissant mon maitre je frémis à ce que je pressens comme un énorme problème si ce n'est un danger pour nos vie Avec humilité car c'est mon tempérament, nous reprenons la route.

Quelques heures plus tard, nous grimpons sur un chemin étroit et pentu. Je ne me plains pas. Ni de ma charge, ni de ma fatigue ni même de la logorrhée de mon maitre qui discours sans cesse sur des concepts complexes que je ne comprends pas toujours. J'ai appris à me taire et à opiner du bonnet. Il croit que je l'écoute et il en est fort aise. Mais voici que se dresse avant un virage en épingle à chevaux une pente glissante et caillouteuse qui ne présage rien de bon. Nous sommes donc devant l'éboulis annoncé. Par principe de précaution, je m'arrête net pour observer et analyser cette situation complexe. Ce passage est plus que délicat. Je le pressens dangereux voire mortel. Mon maître se braque et tente d'obtenir par la force et les cris de me faire avancer. Mais voilà, je suis quelqu'un de prudent et je ne vais pas aller de l'avant aveuglément au risque de nous rompre les os. Que faire ? La fuite est impossible il me tient au collet. Je résiste. Il crie dans mes oreilles : TU RÉSISTES AU CHANGEMENT ? TU OSES RÉSISTER AU CHANGEMENT ?

Et là je me réveille en sueur et tremblant.

Pas de morale à cette fable, chacun y puisera son inspiration et sa maxime pour une philosophie de vie au travail plus pragmatique, plus ludique ou plus sereine, à la recherche du sens perdu.


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